Le Bureau et La Feuille

Une ode à la fluidité.

Le Bureau

C’est l’histoire d’un bureau. Un bureau rempli d’humains, de chaises, d’ordinateurs.

Un bureau avec des couloirs, des salles de réunions carrées, de lignes droites, des coins, des angles, des lumières au plafond, des vitres transparentes au travers desquelles on évite de regarder.

C’est l’histoire d’un bureau qui doit être un lieu de création, dans les idées, les solutions, le visuel, le mot, l’échange, les services, l’innovation.

Un bureau comme une maison à humains où tout émerge.

Et pourtant lesdits humains peinent à vouloir y aller.

Les jours de grands froids, après des semaines de pluie et de gris, malgré la musique occasionnelle diffusée par un humain plus énergique que les autres, le bureau a perdu de sa superbe, de sa capacité à séduire, de son charme et de son essence.

D’ailleurs les humains disent ouvertement qu’ils vont dans le bureau pour les autres humains. Rien d’autre. Pas pour les rendez-vous, les salles de réunions, le lieu, les énergies, l’inspiration, l’emploi du temps, les 1to1 avec leur manager.

La plupart des jours, les humains en poussent la porte et vont s’assoir là où c’est chez eux: à leur bureau. La ou ils ont amené un peu d’eux.

Ils s’assoient et passent de longues heures devant un ordinateur carré, sur un bureau carré.

Les seules choses avec un peu de rondeurs sont leur stylo, leur siège et peut-être une enceinte qu’ils ont amené de chez eux.

Ils laissent l’empreinte d’un travail en cours, d’une énergie en dent de scie, d’une tasse de café froid à moitié bue, d’un calepin ouvert et griffonné, d’une envie vivante ou qui s’étiole.

Ils ont envie de participer au tout, mais où est le tout dans ces couloirs, ces bureaux aux portes fermées ou se discute l’avenir sans que ça ne leur soit jamais communiqué?

Quand ils se lèvent, c’est pour marcher dans des couloirs droits, pour aller dans une salle de réunion carrée avec peut-être une table ovale, quoi que la plupart sont carrées aussi, pour regarder un écran de télévision rectangulaire sur lequel sera projeté une présentation en paysage, un document rectangulaire propre, tiré à quatre épingles.

C’est l’histoire d’un bureau qui n’est qu’en angles et lignes droites.

Un bureau pour des machines, pour des robots, pour des choses inanimées.

Un espace qui dit que tout est ligne, droit. Que le propre ça va tout droit. Que l'ordre et le géni c'est linéaire.

Et avec le temps, les chefs de ce bureau se demandent pourquoi, malgré les murs repeints et les trois plantes vertes achetées, malgré le changement coloré des tasses à café, pourquoi les humains ne s’y sentent pas attirés.

La feuille

C’est l’histoire d’une feuille d’arbre.

D’une simplicité et d’une beauté bouleversantes.

L’une des créations les plus structurellement efficaces et sublimes de la nature.

Une feuille d’arbre tout en courbes et en tracés parallèles, d’épaisseurs différentes, de tonalités émanantes d’une même palette de couleurs, de veines et de niveaux de transparence.

Ce design simple est pourtant d’une efficacité bluffante: minimal, hautement performant, décentralisé, auto-suffisant et parfaitement adapté à son environnement.

Cette toute petite choses en accomplit tant. Elle capte la lumière. Elle transforme les gaz qu’elle capte en autre gaz. Elle transforme la lumière en énergie. Et à travers les multiples choses qu’elle fait, elle ne pollue pas. Rien. Aucun déchet.

Elle agit comme une productrice autonome d’un tout. Son arbre.

Tout arrive naturellement, de façon fluide. Elle fait partie d’un monde dont elle participe avec une fonction multiple, créatrice. Elle saisit ce qui l’entoure, le transforme exactement en ce dont a besoin son tout et le lui renvoie.

Et si?

Et si le bureau qui ne faisait plus envie à ses humains se réorganisait comme une feuille?

Si au lieu des lignes droites et des choses carrées, on optait pour des courbes et des choses rondes?

Quels en seraient les impacts?

Et si la circulation des humains et des idées devenait plus fluide, rapide?

Et si l’innovation et de la créativité augmentaient, parce que l’espace dans lequel évoluent les humains est joueur, espiègle, drôle, inspirant, inattendu?

Et si le bureau devenait un chemin?

Un chemin qui récolte les énergies des cellules les constituant? Les cellules étant les humains.

Et si le chemin se mutait en autoroutes des idées et des émotions?

Et si….

Dans un monde qui se rappelle que la créativité, le taux de bonheur et d’innovation augmentent lorsque les humains se retrouvent, penser son bureau comme une feuille et non comme un bloc de Tetris pourrait faire toute la différence.

Sur votre créativité, votre efficacité, votre innovation, votre résultat et surtout et avant tout,  cela pourrait affecter le plaisir que les humains ont de venir y vivre.

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